L'affaire "Madoff"

Publié le par David Hénaux

Si vous suivez un tant soit peu l'actualité, vous avez forcément entendu parler de Bernard Madoff, arrêté par le FBI jeudi dernier, et soupçonné d'être à l'origine d'une des plus grandes escroqueries financières de tous les temps. La fraude dont on l'accuse aurait coûté à ses clients la bagatelle de 50 milliards de dollars. De quoi reléguer l'affaire Enron au rang de fait divers.


Pourtant, l'histoire de Madoff a tout du rêve américain. Autodidacte, il entre dans la vie active comme maître-nageur sur les plages de Long Island. A 22 ans, il crée son propre fonds d'investissement, le Bernard L. Madoff Investment Securities LLC. Très vite, sa société devient l'un des fonds les plus importants de Wall Street. Avant les autres, il anticipe la révolution informatique que va connaître la bourse de New-York, et se lance dans la finance électronique. Considéré comme un pilier de la finance new-yorkaise, il devient patron du NASDAQ, qu'il a lui-même contribué à créer. Perçu comme un philanthrope, surnommé « Bernie », il est l'ami des plus grandes fortunes New-yorkaise, tout en étant très actif dans les œuvres caritatives de la communauté juive.


Les milliardaires font des pieds et des mains pour qu'il accepte de gérer leur fortune. Et pour cause, il offre un rendement de l'ordre de 13 % avec une régularité indécente. En 2001, en plein krach boursier, son fonds continue à afficher des résultats exceptionnels, sans que cela n'inquiète personne, ou presque.


Comment faisait-il ? Il a tout simplement bâti un système de finance à la Ponzi.


En 1920, Charles Ponzi, un italo-américain, imagine une des escroqueries les plus célèbres dans le petit monde de la finance. Il monte à Boston une entreprise d'investissement, la Securities Exchange Company, et promet d'offrir un taux de 50 % de retour sur investissement en quarante-cinq jours. Les premiers clients sont satisfaits, et le bouche-à-oreille fait affluer des milliers de nouveaux clients. En quelques mois, il devient riche et célèbre. L'astuce était simple : il rémunérait les anciens clients avec le capital apporté par les nouveaux clients. C'est ce qu'on appelle un système pyramidal. Bien sûr, cela ne pouvait pas durer éternellement, et Ponzi fut rapidement arrêté et mis en prison.


C'est précisément ce qu'a fait Madoff. Les intérêts versés à ses clients n'étaient pas financés par les revenus de ses placements financiers, comme cela aurait dû être le cas, mais par le capital apporté par les nouveaux clients, appâtés par des courtiers qui ratissaient les clubs huppés et les golfs pour milliardaires. Pas étonnant, dans ce contexte, qu'il ait pu proposer de tels rendements, y compris lorsque ses concurrents affichaient des pertes...


Et sans la crise financière, tout porte à croire que son arnaque aurait pu durer beaucoup plus longtemps. Mais voilà, plusieurs « gros » clients, notamment en Europe, ont souhaité récupérer leur capital, de peur que la crise ne provoque la faillite du fonds. Très vite, Madoff s'est rendu compte qu'il ne pourrait pas rembourser tout le monde. C'est ainsi qu'un beau matin de la semaine dernière, il aurait déclaré à ses salariés, « je suis fini. »


La suite, vous la connaissez.


Je ne sais pas si c'est la photo, ou son surnom, mais je ne peux m'empêcher de lui trouver un petit côté sympathique.

Publié dans Crise financière

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