Faut-il ouvrir les commerces le dimanche ?

Publié le par David Hénaux

Question politique...

En effet, dans les médias, cette question est systématiquement abordée sous l'angle politique ou social. Ce n'est pas inintéressant, bien sûr, mais il est navrant de constater que presque personne ne s'interroge sur les conséquences économiques d'une ouverture des magasins le dimanche.

Pourtant, l'économie est en mesure d'éclairer utilement le débat, en apportant des réponses à certaines questions.En voilà quelques-unes.


Quel effet sur la consommation ?


Pour les partisans de la déréglementation, l'ouverture le dimanche entraînerait un surcroît de consommation favorable à la croissance.C'est l'un des arguments les plus souvent évoqués.

C'est oublier un peu vite que les dépenses de consommation des ménages dépendent en grande partie de leur revenu. Et sans hausse de leur pouvoir d'achat, on ne voit pas pourquoi la consommation progresserait. Une partie des achats réalisés en semaines serait simplement transférée sur le dimanche, sans que cela n'affecte le volume global de la consommation. 

L'effet ne serait cependant pas nul, dans la mesure où les commerces seraient amenés à embaucher des salariés supplémentaires pour ouvrir le dimanche, ce qui engendrerait une hausse des revenus, et donc de la consommation. Mais l'effet devrait rester limité, surtout si, au lieu d'embaucher, les grandes surfaces demandent à leurs salariés de faire des heures supplémentaires, profitant au passage de la défiscalisation.


Quel effet sur l'emploi ?


Il est probable que seules les grandes surfaces pourront ouvrir facilement le dimanche. Elles disposent d'effectifs importants, qu'elles peuvent faire tourner. Ce sera sans doute plus difficile pour les commerce de taille plus modeste, qui ne pourront sans doute pas faire face au surcoût engendré par l'ouverture le dimanche. D'autant que de nombreux artisans ne souhaitent pas travailler le dimanche, et ceux qui travaillent déjà, comme les épiciers, voient d'un très mauvais oeil la concurrence potentielle des grandes surfaces.

Le bilan sur l'emploi est donc a priori mitigé. D'un côté, les grandes surfaces devraient gagner des parts de marchés sur les petits commerces, ce qui pourrait nécessiter des embauches. De l'autre, ces créations pourraient être plus que compensées par les destructions d'emplois dans les commerces de proximité, qui seraient les premiers à souffrir de cette nouvelle concurrence.


Quel effet sur les prix ?


En théorie, l'ouverture le dimanche devrait provoquer une nette hausse des coûts pour les commerces :

- des coûts énergétiques : ouvrir un jour de plus alourdira sensiblement la facture d'électricité.

- des coûts salariaux : il faudra recruter, et payer les salariés deux fois plus cher qu'en semaine.

Cette hausse des coûts devrait, en tout logique, être au moins en partie répercutée sur les prix.

En théorie, donc, l'ouverture des commerces le dimanche devrait provoquer une hausse des prix de vente, ce qui pourrait annuler les effets positifs en matière de consommation évoqués plus haut.


Et en pratique qu'en est-il ? Pour le savoir, il n'est pas inutile d'aller voir ce qui s'est passé outre-altlantique, comme le fait remarquer P. Askenazy. Aux Etats-Unis et au Canada, les Etats (et les provinces) n'ont pas autorisé l'ouverture le dimanche tous en même temps. Il est donc possible de mesurer assez précisément les effets de la déréglementation. Les études mettent en évidence un effet relativement faible sur l'emploi. En revanche, elles sont unanimes en ce qui concerne l'effet sur les prix : partout, ils ont connu une augentation de l'ordre de 4%.

En france, la hausse pourrait être encore plus importante pour deux raisons : d'une part, la concurence y est moins vive entre les distributeurs, et d'autre part, la règlementation pourrait contraindre les employeurs à verser des salaires doubles le dimanche, ce qui n'est pas le cas en Amérique du nord.


Conclusion :  sur le plan économique, l'ouverture des commerces le dimanche devrait profiter aux salariés qui travailleront ce jour là (dans l'hypothèse où leur salaire serait effectivement doublé), ainsi qu'aux grandes surfaces. Pour les autres, la possibilité de faire ses courses le dimanche se payera au prix fort. Il serait peut-être temps de les en informer...




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