Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 23:01
Alors que je lisais une interview stimulante du nouveau "prix nobel" d'économie, l'Américain P. Krugman dans le mensuel Enjeux de septembre, un passage a particulièrement retenu mon attention :


Certes, le système de santé français rencontre des problèmes de financement et appelle un contrôle des dépenses. Mais il faut avoir à l’esprit que vos dépenses représentent seulement 60% des dépenses par tête aux Etats-Unis. Nous dépensons près de deux fois plus que vous alors même que des millions d’Américains ne sont pas ou mal couverts. Et pour ceux qui le sont correctement – toutes les statistiques le prouvent –  la qualité des soins n’est pas meilleure, voire moins bonne qu’en France.


Je n’avais aucune raison de penser que les Américains dépensaient moins que les Français pour leur santé, mais je ne m’attendais pas à un tel écart. Je décidai d’aller vérifier ces données. Simple réflexe conditionné. S’il y a bien une leçon que je retiens de ma formation en sciences sociales, c’est de ne jamais prendre pour argent comptant les chiffres cités sans source vérifiable, fussent-ils cités par un prix nobel.

Quelques clics de souris plus tard, je trouvais ce que je cherchais sur le site de l’OCDE.

Par charité, je vous épargne la lecture du rapport en résumant les chiffres qui nous intéressent.

   Part des dépenses de santé dans le PIB (en %)
  1960 1980 2000 2007
France 3,8 7,0 10,1 11,0
Etats-Unis 5,1 8,7 13,2 15,3
Royaume-Uni 3,9 5,6 7,2 8,4
Allemagne   8,4 10,3 10,6
                               Source : OCDE

Comme on pouvait s'en douter, les chiffres cités par Krugman sont exacts. Les dépenses de santé des Français représent un peu plus de 11 % de leur PIB contre 15,3 % pour les Américains. Compte tenu des différences de richesse entre les deux pays, les écarts sont encore plus importants en termes de dépenses par habitant. Elles représentent 3 449 dollars (en parité de pouvoir d'achat) par habitant en France, et 6 714 aux Etats-Unis.   

La différence n'est pas seulement quantitative : la part des dépenses publiques dans le total des dépenses de santé représente près de 80 % en France, contre 45 % aux Etats-Unis.


Voilà de quoi remettre en cause certaines idées reçues. A force d’entendre parler du « trou de la sécu », à force d’entendre dire que les dépenses de santé explosent et que notre système de santé est malade, on finirait par se persuader que ça va beaucoup mieux ailleurs… Ce serait oublier un peu vite que tous les pays sont confrontés aux mêmes problèmes : vieillissement de la population, hausse du prix des soins, hausse de l’espérance de vie.

Il est donc illusoire de croire que l’on pourra réduire, et même stabiliser les dépenses de santé dans les années à venir. Seule une question se pose : comment financer ce surplus de dépenses inévitable ?  En simplifiant un peu, on peut considérer deux solutions opposées :
- maintenir un financement collectif de la protection sociale, comme en France, ce qui reviendrait à augmenter sensiblement les dépenses publiques, et nécessiterait donc un succroît de recettes (hausse des cotisations sociales ? Financement par l'impôt ?).
- opter pour un financement plus individuel, comme aux Etats-Unis, en limitant les dépenses publiques, ce qui reviendrait à ce que  les individus prennent en charge une partie de plus en plus conséquente des dépenses. Chacun pouvant, s'il le souhaite (et s'il le peut) s'assurer auprès d'une mutuelle pour compléter les remboursements de la Sécurité sociale.

C’est ce dernier choix qui semble avoir été privilégié ces dernières années.
Au vu de ce qui se passe aux Etats-Unis, il n'est pas certain que ce soit le choix le plus astucieux pour limiter les dépenses de santé...


 
Par David Hénaux
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 21:08
Un collègue m'informe que l'IEP de Paris a mis en place une préparation au concours d'entrée.

La formation se fait entièrement par Internet, d'octobre à fin mai.
Une préparation intensive, forcément, et payante, malheureusement (420€).

Plus d'informations ici.

Par David Hénaux
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /Nov /2008 19:37
Tout le monde s'accorde sur le fait que les besoins en qualifications vont encore croître dans les années à venir dans le monde. Le capital humain est sans nul doute l'une des clés de la croissance du XXIème siècle.

L'éducation représente cependant un coût important pour les pays. Selon l'OCDE, vingt ans d'études pour une personne représentent en moyenne une dépense de l'ordre de 150 000 dollars.

Dans ce contexte, il peut être tentant de chercher à attirer des "cerveaux" ayant été formés dans d'autres pays (et notamment dans les pays en développement), plutôt que de former soi-même les individus. Une façon de profiter de ce que les économistes appellent une externalité.

Une stratégie qui a en pourtant toutes les chances de ne faire que des perdants. Du côté des pays "riches", c'est une incitation à diminuer l'investissement en capital humain : à quoi bon accroître le nombre de places en faculté de médecine, alors que l'on peut attirer des médecins étrangers ? Du côté des pays en développement, c'est un peu la même chose : à quoi bon former des médecins si c'est pour qu'ils quittent le territoire une fois leur diplôme en pôche ?

A ce jeu, le risque est grand qu'au final les dépenses d'éducation se révèlent insuffisantes pour satisfaire les besoins en qualification : dans les pays riches comme dans les pays en développement, on risque de manquer de médecins !

Ce sous-investissement n'étant pas souhaitable, il est important de chercher à internaliser ces externalités, de façon à inciter l'ensemble des pays à accroître leurs dépenses d'éducation. Comment ? Quelques pistes ici.
Par David Hénaux
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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 11:44
Et s'il suffisait de construire des toilettes dans les pays les plus pauvres, pour améliorer la productivité ?
C'est la conclusion à laquelle ont abouti un groupe de chercheurs des Nations Unies.

Les détails dans cet article, particulièrement utilse pour illustrer les relations entre croissance économique et développement.
Par David Hénaux
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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 09:51
"Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'une bonne fois pour toutes ce que nous considérons comme devant être enseigné aux élèves soit prescrit par la représentation nationale ?", s'est demandé Xavier Darcos récemment, à propos des programmes d'histoire. C'est ici.

La question mérite effectivement d'être posée. Qui doit écrire les programmes ?

Pour l'instant, ils sont écrits par des groupes constitués d'universitaires, d'inspecteurs et de professeurs de lycée. Nombreux sont pourtant les groupes de pression qui souhaiteraient y être associés.

En sciences économiques et sociales par exemple, l'IDE (institut de l'entreprise), un think tank regroupant des dirigeants d'entreprise, fait pression depuis plusieurs années pour que les programmes évoluent dans le sens de leurs intérêts. ils souhaiteraient par exemple que l'on véhicule une image plus positive de l'entreprise. L'IDE est même allé jusqu'à proposer un programme clé en main pour la classe de seconde, consultable ici. Programme qui fait totalement impasse sur la sociologie , et dont le niveau d'exigence révèle une profonde méconnaissance du public du lycée.

Faut-il alors offrir un droit de regard sur les programmes à l'IDE, sous prétexte qu'il connaît bien le monde de l'entreprise ? Faut-il permettre à l'industrie pharmaceutique d'élaborer les programmes de chimies ? Faut-il confier l'enseignement du fait religieux à l'église ? Faut-il confier l'élaboration des programmes d'EPS à Thierry Roland ?

Je reste convaincu que la situation actuelle est la seule qui soit acceptable. Les universitaires apportent la caution scientifique, l'inspection apporte celle de l'institution, et les professeurs de lycée s'assurent de la faisabilité du programme avec leurs élèves. Permettre à tel ou tel groupe de pression d'interférer sur les programmes, c'est renoncer à une certaine forme de laïcité. Cest aussi renponcer à l'idée que je me fais de mon métier.


Par David Hénaux
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 22:09
On a tord de nous promettre récession, chômage, baisse du pouvoir d'achat et morosité économique. La crise financière ne fait pas que des perdants :

- Les ventes de coffre-fort connaissent un engouement exceptionnel.
- Mc Donald's annoncent des résultats en nette hausse.
- Des agences immobilières américaines organisent des "bus tours" pour faire visiter les maisons victimes de la crise des subprimes.
- "Le capital", de Marx est en rupture de stocks.
- Le franc suisse ne cesse de prendre de la valeur face à l'euro. (Hum...)
- Le PSG a battu l'OM. (Oui je sais, c'est peu crédible mais c'est vrai !)

Simple corrélation ou relation de causalité ?
Un indice : l'un de ces événements n'a aucun lien avec la crise financière.
Par David Hénaux
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 10:09
Pour ceux que ça intéresse, vous trouverez sur le site du journal Le Monde, un schéma plutôt bien réalisé sur les causes et les effets de la crise financière. En plus il y a du son !

On est encore très loin de la qualité de mes propres schémas, mais je reconnais que c'est pas pal...   ;-)

Par David Hénaux
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 09:51
Alan Greespan, l'ancien patron de la Fed, la Banque centrale américaine, vient de faire son autocritique devant le congrès américain.
Qu'un ancien dirigeant d'une grande Banque centrale reconnaisse ses erreurs, c'est déjà en soi très surprenant, mais qu'il reconnaisse publiquement s'être trompé sur la suprématie du capitalisme de marchés libres, cela devient carrément surréaliste.
C'est pourtant ce qui s'est passé le 23 octobre dernier, comme en témoigne cet extrait d'un article du Monde.

Le président de la commission, Henry Waxman, venait de rappeler à M. Greenspan les propos qu'il avait tenus dans le passé, selon lesquels "des marchés libres et concurrentiels sont de loin la meilleure façon d'organiser les économies, sans équivalent".

L'ancien patron de la Fed a aussi admis avoir "fait une erreur en croyant que le sens de leurs propres intérêts, notamment chez les banquiers, était la meilleure protection qui soit". "En d'autres termes, vous trouvez que votre vision du monde, votre idéologie, n'était pas la bonne, ne fonctionnait pas ?" a renchéri monsieur Waxman. "Absolument, exactement, a répondu M. Greenspan, c'est précisément la raison pour laquelle je suis choqué, parce que cela faisait quarante ans, et même plus, que de façon très évidente, cela fonctionnait exceptionnellement bien."


Etonnant, non ?

Par David Hénaux
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 08:59
Lors de sa conférence de presse du 21octobre dernier, Xavier Darcos a déclaré, je cite :

"J'ai entendu beaucoup de contre-vérités circuler sur le contenu de ces enseignements généraux, comme si on pouvait imaginer qu'un ministre de l'Education nationale puisse proposer de rendre optionnel l'enseignement d'histoire et géographie, ou l'enseignement des sciences expérimentales.Je crois évidemment que ces deux champs disciplinaires absolument essentiels à la formation du jugement et à la compréhension du monde par les élèves, et c'est la raison pour laquelle ils figurent parmi les enseignements généraux que devront suivre tous les éèves de la nouvelle seconde."

Cela m'a inspiré un syllogisme, saurez-vous le compléter ?

1) Les matières essentielles à la formation du jugement et à la compréhension du monde font partie du tronc commun.
2) Les sciences économiques et sociales ne font pas partie du tronc commun.
3) Les sciences économiques et sociales...

Le ministre semble avoir fait le choix d'exclure des enseignements généraux les science économiques et sociales, ce qui revient, si j'en crois sa logique, à considérer qu'elles ne sont pas essentielles à la copréhension du monde. Une décion qui paraît hallucinante dans le contexte actuel. Alors que les élites ne cessent de se plaindre de l'inculture économique des Français, alors que de toute évidence, personne (ou presque) ne maîtrise les mécanismes économiques et sociologiques de base qui permettraient de comprendre la crise actuelle, le projet de réforme en cours pourrait bien sonner le glas de l'enseignement des sciences économiques et sociales en classe de seconde... Pour en savoir plus, c'est ici.

Cette réforme peut a priori paraître séduisante : moins d'heures de cours et plus de liberté de choix dans les options. A y regarder de plus près, cependant, elle risque de nous ramener une trentaine d'années en arrière, à l'époque des secondes A, AB, C... Comme l'explique A. Parienty, les élèves vont devoir se spécialiser dès la classe de seconde ; c'en est plus ou moins fini de la seconde de détermination.

Que mon propos ne soit pas mal interprété, je ne nie pas l'importance des matières qui ont été choisies pour figurer dans le tronc commun. Chacune, avec son approche, ses méthodes et ses outils, offre un éclairage indispensable à la compréhension du monde. Par exemple, les élèves ont impérativement besoin de pouvoir se repérer dans l'espace et dans le temps, ce qui rend indispensable un enseignement d'histoire-géographie. Mais n'ont-ils pas tout autant besoin de pouvoir se repérer dans l'économie et la société ? Il y a fort à parier qu'avec la marginalisation possible des SES dans le lycée de demain, l'écrasante majorité des lycéens n'entendra sans doute jamais parler de marché financier, de norme sociale ou de politique économique; n'aura jamais à réfléchir aux questions suivantes :
  • Le progrès technique est-il responsable du chômage ?
  • Qu'est-ce qu'une crise financière ? Comment se propage-t-elle à l'économie réelle ?
  • Les inégalités économiques et sociales augmentent-elles ?
  • Une politique de relance keynésienne est-elle envisageable aujourd'hui ?
  • Sommes-nous confrontés à une crise du lien social ?
Pas de quoi mieux comprendre le monde en effet...


Par David Hénaux
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